Il y a comme un Ă©lĂ©phant au milieu du couloir... Un Ă©lĂ©phant qui commence Ă se voir, câest vrai, mais dont on parle encore trop peu Ă mon goĂ»t : la consommation Ă©nergĂ©tique de lâIA.
Si les data centers pĂšsent en 2026 565 TWh par an au niveau mondial â soit autant que la consommation Ă©lectrique de la France et de lâAllemagne rĂ©unies, leur croissance a pris un rythme exponentiel. MĂȘme les projections peinent Ă suivre : lâIEA (agence internationale de lâĂ©nergie) a rĂ©visĂ© en avril 2026 son rapport 2025, projetant ainsi pour 2030 jusquâĂ 1 700 TWh/an de consommation dans le pire des cas - Soit presque 2 fois plus que prĂ©vu il y a 1 an !
Et lĂ , je ne parle que de la consommation dâusage⊠Laissons de cĂŽtĂ©, pour lâinstant, les besoins en Ă©nergie pour produire les Ă©quipements qui les constituent et ceux pour construire ces data centers (on ne parle mĂȘme pas des 10 000 lancements annuels de satellites de SpaceX, sic).
đ Ăa construit de plus en plus vite
Investissements, projections, constructions, tout va Ă toute vitesse⊠MĂ©ta installe mĂȘme des serveurs sous des tentes en mode «âŻrapid deployment structureâŻÂ» en Ohio et au Tenessee.
Si la puissance installĂ©e des data centers dĂ©diĂ©s Ă lâIA a plus que triplĂ© au cours des 18 derniers mois, les projections pour 2030 sont encore plus impressionnantes!
Ătats-Unis : Les gĂ©ants de lâIA ont vu leurs dĂ©penses dâinvestissement pour la construction de data centers atteindre 725 milliards de dollars en 2026 (*non, je ne cĂ©derai pas Ă la mode du trillion).
Chine : En 2025, le pays consommait 102 TWh pour ses data centers â soit un quart du total mondial. Dâici 2030, cette consommation pourrait augmenter de 170 %, pour atteindre 277 TWh, et 400 TWh/an en 2035, mais les donnĂ©es fiables manquent.
Europe (UK inclus â et tant pis pour le Brexit) : Il est prĂ©vu de doubler, voire tripler les capacitĂ©s de calcul, augmentant les consommations Ă©lectriques de 100 TWh Ă 200-250 TWh/an.
⥠⊠Et la demande en électricité explose !
Certes, des amĂ©liorations ont permis de rĂ©duire la consommation des requĂȘtes simples de ChatGPT â lâunitĂ© se mesure en kWh/tokenâ. Mais en parallĂšle, de nouveaux modĂšles dâIA ont Ă©tĂ© lancĂ©s, proposant des applications beaucoup plus Ă©nergivores : gĂ©nĂ©ration vidĂ©o, tĂąches agentiques⊠Ces derniĂšres peuvent consommer des centaines, voire des milliers de fois plus de tokens â et donc dâĂ©nergie â par requĂȘte que la simple gĂ©nĂ©ration de texte.
La demande Ă©nergĂ©tique de lâIA dĂ©pend donc de trois tendances en Ă©volution rapide et incertaine
Des amĂ©liorations dâefficacitĂ© â RĂ©duction de lâĂ©nergie par unitĂ© de calcul â Baisse de la consommation Ă©lectrique.
Une adoption rapide et massive â Volume dâutilisation croissant â Augmentation de la consommation.
Des capacitĂ©s de modĂšles accrues â IntensitĂ© Ă©nergĂ©tique des nouveaux usages â Augmentation de la consommation.
Les consommations énergétiques sont tirées par une augmentation rapide de la demande notamment en Asie
A fĂ©vrier 2026, les estimations de volumes de tokens chinois sont de lâordre de ~9âŻ000 trillions de tokens par mois â contre ~4 000 Trillions chez les principaux fournisseurs amĂ©ricains/occidentaux (oui jâai craquĂ© pour le trillion, câest Ă dire 1012 ou mille milliards!).
En Chine Doubao (modĂšle IA de ByteDance) Ă lui seul atteint 100 millions d'utilisateurs actifs quotidiens.
On le voit, les volumes de tokens utilisés sont désormais exponentiels.
đ Une croissance mondiale sans prĂ©cĂ©dent qui condamne nos ambitions climatiques ?
Pour atteindre nos ambitions climatiquesâ en prĂ©lude Ă la COP31 de lâONU â, les Ătats viennent de dĂ©clarer que le monde devrait sâengager Ă couvrir 35 % de la demande Ă©nergĂ©tique totale par de lâĂ©lectricitĂ© dâici 2035, contre 21 % aujourdâhui.
Dans les Ă©conomies avancĂ©es, la demande dâĂ©lectricitĂ© provenant des vĂ©hicules Ă©lectriques (VE) est le principal contributeur Ă cette hausse.
Les VE consommaient 250 TWh (1 % de lâĂ©lectricitĂ© mondiale) en 2024. Dâici 2035, selon les scĂ©narios, leur demande explosera : entre 1 500 TWh (CPS) et 3 000 TWh (NZ), principalement en Chine et en Europe - soit le double de ce que demanderont les data centers.
Mais il y a une différence majeure :
En Ă©lectrifiant notre mobilitĂ© (voitures, bus, trains, poids lourds, bateaux cargo), il sâagit principalement dâun transfert des consommations de combustibles fossiles vers lâĂ©lectricitĂ©, contribuant ainsi Ă limiter lâimpact de ce secteur sur le changement climatique.
Nos nouveaux usages de lâIA, eux, viennent sâajouter Ă la demande globale en Ă©nergie mondiale.
Ainsi, lâĂ©lectrification des data centers IA constitue une source majeure de nouvelle demande dâĂ©lectricitĂ©, en particulier en Chine, aux Ătats-Unis et en Europe. Elle complexifie le dĂ©fi global dâĂ©largir lâapprovisionnement et les infrastructures Ă©lectriques pour rĂ©pondre aux besoins de tous les secteurs.
đ Les data centers dĂ©diĂ©s Ă lâIA consomment beaucoup plus⊠de tout
Contrairement à ce que le terme « cloud » (nuage) suggÚre, les systÚmes numériques ont besoin de lieux de stockage physiques.
Au dĂ©but, les organisations exploitaient des systĂšmes informatiques depuis des salles de serveurs sur site. Petits, mais avec lâexplosion dâInternet au dĂ©but des annĂ©es 2000, les besoins ont augmentĂ©. Les organisations ont alors dĂ©placĂ© leur infrastructure vers des opĂ©rateurs professionnels : naissance du modĂšle de data center de colocation (i.e. le cloud).
Avec le dĂ©veloppement de lâIA et des modĂšles LLM, une nouvelle gĂ©nĂ©ration de data centers a Ă©mergĂ©. Ce ne sont plus seulement des racks de serveurs, mais des infrastructures composĂ©es de :
Utilités : alimentation électrique, systÚmes de refroidissement, connexions entrée/sortie.
Serveurs de stockage (pour tout garder en mémoire).
Serveurs de calcul : câest lĂ que tout change. Ils servent Ă la fois Ă lâentraĂźnement des modĂšles et Ă lâinfĂ©rence (pour exĂ©cuter les modĂšles et rĂ©pondre Ă vos requĂȘtes).
Et ce sont ces serveurs de calcul qui font exploser la consommation électrique des data centers IA.
Un rack de serveurs dans un data center IA a la taille dâun grand rĂ©frigĂ©rateur. Dâici 2027, il pourrait atteindre une demande dâĂ©nergie maximale Ă©quivalente Ă celle de 65 foyers.
Et bien sĂ»r, ces nouveaux centres de donnĂ©es consomment aussi plus dâeau et plus de matiĂšres premiĂšres (cuivre, aluminium, lithium, terres raresâŠ).
â ïž LâaccĂšs Ă lâĂ©nergie - un goulot dâĂ©tranglement
Avec la croyance en la rĂšgle du « winner takes all », les entreprises de lâIA se livrent une compĂ©tition fĂ©roce. RĂ©sultat : des tensions et des goulots dâĂ©tranglement dans les chaĂźnes dâapprovisionnement.
Ces data centers IA consomment Ă©normĂ©ment dâĂ©nergie, nĂ©cessitent dâĂȘtre raccordĂ©s directement aux lignes Ă haute tension, et gĂ©nĂšrent des fluctuations de puissance importantes et rapides, saturant les rĂ©seaux Ă©lectriques nationaux.
Un problÚme de plus : Les délais de livraison pour les transformateurs haute tension dépassent les quatre ans et les prix ont augmenté de 77 % depuis 2019.
Aujourdâhui, le principal frein au dĂ©veloppement de ces data centers reste lâaccĂšs Ă lâĂ©nergie. BloquĂ©s dans des files dâattente de 1 Ă 5 ans selon les rĂ©gions pour ĂȘtre raccordĂ©s au rĂ©seau, les investisseurs font de plus en plus le choix dâinstaller leurs propres centrales Ă©lectriques hors rĂ©seau (behind the meter).
« La demande croissante dâIA Ă forte intensitĂ© de calcul entraĂźne une croissance sans prĂ©cĂ©dent de la puissance des centres de donnĂ©es, tandis que la capacitĂ© dâIA est dĂ©sormais limitĂ©e par la disponibilitĂ© Ă©nergĂ©tique, faisant de la sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique des Data Centers le nouveau champ de bataille pour la montĂ©e en puissance et la protection des marges dans la course mondiale de lâIA » a dĂ©clarĂ© en 2026 Linglan Wang, analyste directeur chez Gartner.
đ„ Le piĂšge : des renouvelables cannibalisĂ©es ou des fossiles prolongĂ©s
Pour alimenter ces data centers, deux principales options sâoffrent Ă nous. Aucune nâest idĂ©ale.
Option 1 : Le gaz fossile, solution de facilité (et de court terme)
Pour aller vite, le choix se porte souvent sur lâĂ©lectricitĂ© produite par des turbines Ă gaz.
Par exemple, 11 data center campus aux Ătats-Unis ont le potentiel de produire plus de gaz Ă effet de serre que le Maroc en 2024.
Plus de 100 nouveaux data centers au Royaume-Uni, reprĂ©sentant 100 GW de calcul, prĂ©voient de brĂ»ler du gaz pour produire de lâĂ©lectricitĂ©, certains de façon permanente.
En installant de nouvelles centrales à gaz, on verrouille le systÚme énergétique dans une dépendance fossile pour des décennies.
Option 2 : Les renouvelables, mais Ă quel prix ?
Si on mise sur les Ă©nergies vertes, le problĂšme change de nature⊠mais reste tout aussi critique. Les data centers pourraient accaparer jusquâĂ 20 % des nouvelles capacitĂ©s renouvelables (source : Beyond Fossil Fuel), notamment en installant pour leur compte le combo : panneaux photovoltaĂŻques + batteries de stockage.
RĂ©sultat : Moins dâĂ©lectricitĂ© propre pour dĂ©carboner les transports, le chauffage ou lâindustrie. Restera-t-il assez de ressources pour tous nos usages ou bien lâIA les aura-t-elle toutes cannibalisĂ©esâŻ?
Et surtout des Ă©missions de COâ qui explosent
Dâici 2030, les data centers pourraient Ă©mettre de 500 Ă 920 Mt COâ (selon des scenarios datant de 2025) soit environ 2% des Ă©missions mondiales, quand officiellement, pour respecter nos trajectoires carbone, il faudrait les descendre Ă 0,5%.
Ăa ne vous parait pas beaucoup⊠Petit rappel : on a dĂ©jĂ dĂ©pensĂ© les Ÿ de notre budget carbone entre 1850 et 2023 pour rester dans un scĂ©nario Ă +2°C.
đŻ Ce quâil faut retenir : trois certitudes et une question
đč Les certitudes
La croissance semble inĂ©vitable â mais son ampleur dĂ©pendra de notre capacitĂ© Ă la rĂ©guler.
LâIA est le principal moteur â et son appĂ©tit Ă©nergĂ©tique ne fera quâaugmenter.
Sans action, les data centers vont saboter la transition Ă©nergĂ©tique â soit en verrouillant les fossiles, soit en cannibalisant les renouvelables.
â La question
Quel modĂšle dâIA utiliser, pour quelle tĂąche, et Ă quel moment basculer en local? Un arbitrage entre usages, puissance, coĂ»t, confidentialité⊠et surtout impact environnemental.
đĄ Des pistes pour Ă©viter le pire
LâIA locale Ă©merge comme une alternative concrĂšte au cloud. Des modĂšles lĂ©gers comme Gemma 4 ou des outils comme Ollama permettent dĂ©sormais dâexĂ©cuter des requĂȘtes directement sur un ordinateur personnel, sans dĂ©pendre de serveurs distants. Lâenjeu est double :
Souveraineté des données (échapper au Cloud Act, éviter la revente des informations).
CoĂ»t (pas de facturation au token, pas dâabonnement).
Pour les secteurs sensibles (santĂ©, juridique, RH), câest une piste sĂ©rieuse pour reprendre le contrĂŽle mĂȘme si aujourdâhui, pour des tĂąches complexes comme la recherche, le cloud reste plus performant.
đ Devant nous, un choix de sociĂ©tĂ©
MĂȘme revu Ă la baisse, le nouveau scĂ©nario âhautâ du GIEC, câest +3,5°C en 2100⊠Soit un monde invivable pour nos enfants et leurs enfants aprĂšs eux. Les choix que nous ferons dans la prochaine dĂ©cennie dĂ©termineront notre avenir.
Lâexplosion de la demande en IA va encore augmenter nos Ă©missions de COâ. Elle risque dâentrer en conflit avec notre besoin dâaccĂ©lĂ©rer lâĂ©lectrification et la sortie des combustibles fossiles, indispensable pour tenir nos ambitions climatiques.
Enfin, la course Ă lâIA concentre des capacitĂ©s dâinvestissements pourtant indispensables pour adapter nos organisations humaines et rĂ©duire notre vulnĂ©rabilitĂ© face aux impacts du changement climatique.
Nos ambitions climatiques collectives, dĂ©jĂ difficiles Ă atteindre dans les conditions prĂ©-IA gĂ©nĂ©rative, deviennent encore moins tenables avec le dĂ©veloppement exponentiel de cette technologie. Toute idĂ©e mĂȘme de sobriĂ©tĂ© semble dĂ©sormais abandonnĂ©eâŻ!
Pourtant les signaux sont partout : lâaccĂ©lĂ©ration des catastrophes naturelles, la projection dâun Ă©pisode sĂ©vĂšre dâEl Niño en 2027, les tensions gĂ©opolitiques sur les ressources et les guerres qui en dĂ©coulent⊠Autant de preuves que lâurgence nâest plus de choisir entre innovation et Ă©cologie, mais de repenser radicalement nos prioritĂ©s.
LâĂ©lectrification de lâEurope doit et va sâaccĂ©lĂ©rer, mais avec une rĂšgle absolue : prioritĂ© aux solutions qui dĂ©carbonent notre Ă©conomie.
La technologie nâest pas une fin en soi. Elle doit servir le bien commun, ou elle nous dĂ©truira.
đ Sources
IEA (2026), Electricity consumption by data centres, 2020-2035, Licence : CC BY 4.0.
IEA, Key Questions on Energy and AI â avril 2026.
Epoch AI, estimations de volumes de tokens (février 2026).
Beyond Fossil Fuel, rapport sur lâimpact des data centers sur les Ă©nergies renouvelables.
The Shift Project - Intelligence artificielle, donnĂ©es, calculs : quelles infrastructures dans un monde dĂ©carbonĂ© â oct 2025
Europe 2031, Compute Forecast.
RTE â Bilan prĂ©visionnel 2025 (projections 2035).
Statista, Big Techâs AI Spending to Reach $725 Billion in 2026.
PresseâŻ:
https://mlq.ai/news/meta-deploys-tent-based-data-centers-in-ohio-and-tennessee-backed-by-400mw-of-off-grid-gas-power/
https://www.wired.com/story/new-gas-powered-data-centers-could-emit-more-greenhouse-gases-than-entire-nations/
https://www.gartner.com/en/newsroom/press-releases/2026-06-10-gartner-says-data-center-electricity-demand-to-grow-26-percent-in-2026












Merci pour cet analyse, j'ai questionné Gemini récemment sur sa propre consommation. Il n'était pas trÚs objectif et fixé sur la performance des nouveaux modÚles de calcul.
Mais dans son analyse, il oublie complÚtement de parler de l'effet rebond qu'il y a derriÚre avec l'intégration de l'IA dans tous les sens.
Vous auriez de la "Terre Brulée" pour moi ?